La démarche de Rémy Héritier se situe d’abord à un niveau très simple, ancrée
dans l’expérimentation : la danse comme un acte. C’est seulement à partir de cette
simplicité qu’il envisage de tisser des mises en relations plus complexes avec une
écriture chorégraphique qui produise du sens au-delà des éléments séparés qui la
composent.
Avec Chevreuil, il construit son projet de recherche chorégraphique autour de
deux notions principales : contexte et archéologie. Celles-ci forment des directions
de travail plutôt que des questions à résoudre de façon directe. La recherche n’est
ainsi pas thématisée, ni réduite à ces deux problématiques. Chevreuil n’est pas une
pièce sur l’histoire de la danse par exemple ni même sur la vie des lieux dans
lesquels la pièce a pris forme.
Ce qui dans la notion de contexte intéresse Rémy Héritier c’est d’établir un
mode de travail qui tente de tenir compte de l’extérieur, proche et lointain.
L’archéologie quant à elle retient son attention car elle est une science qui, en
interrogeant le contexte d’apparition d’un objet trouvé, renvoie aussi à l’idée d’un
empilement successif, comparable au processus de socialisation du corps, à
l’incorporation. Avec Chevreuil, il est donc question d’empilements d’expériences
mais également de conflits entre ces expériences. Comment ces conflits orientent-ils
les choix d’écriture (du chorégraphe) et d’interprétation (des danseurs) ?
Comme point de départ d’une archéologie, l’équipe s’est intéressée aux Ballets Russes,
en faisant l’hypothèse que si, depuis leurs places de danseurs et de chorégraphe en
2008, ils fouillaient les ruines mémorielles de ce qui est entendu comme la première
modernité en danse, ils passeraient au travers d’un siècle de danse, de choix, de
contextes, pour mettre à jour et en dégager à la fois les survivances et les conflits. Aussi,
une fois la pièce aboutie, les Ballets Russes n’ont presque plus d’apparences visibles.
Chevreuil apparaît ainsi comme l’articulation des documents exhumés et inventés par ce
travail. Son écriture chorégraphique fait cohabiter deux régimes de représentation, celui
qui montre un document et celui qui le présente. Un document étant tout autant une
source que le résultat d’un processus de création.
L’entretien qui suit documente le processus de création de la pièce. Il a été réalisé en
deux temps (entre septembre/octobre 2008, puis janvier/février 2009).
Entretien
#1 - Septembre 2008
Yvane Chapuis Comment es-tu arrivé à ce titre,
Chevreuil ?
Rémy Héritier Jusqu’à présent, un titre n’a jamais été
le déclencheur d’une pièce tel qu’il peut l’être pour
des écrivains par exemple qui ont un titre en tête
contenant en germe tout ce qu’ils vont écrire par la
suite. Trouver un titre n’est jamais une chose évidente
pour moi parce que je suis partagé entre l’idée que je
n’en ai pas besoin trop tôt dans le travail et la
sensation qu’en avoir un permet de rassembler le
projet autour de quelque chose de concret. Concret
pour mes collaborateurs d’une part, et aussi pour
éviter de traîner des formules comme « prochain
projet » trop longtemps. Cette hésitation dure
longtemps, trop longtemps je pourrais même dire. Je
fais des listes de titres possibles qui sont pour la
plupart des descriptions sommaires de ce que pourrait
être la pièce. Je sais toujours qu’ils ne recouvrent pas
ce que je cherche, mais cela fait partie du processus.
Chaque fois que j’ai à titrer une pièce, je me
retourne systématiquement vers le titre du projet précédent
en me demandant comment j’en étais arrivé
là, s’il faut que je reprenne une trajectoire similaire
pour arriver à un titre, etc. Au fil des années, la liste des projets titrés s’allonge un peu plus et je prends conscience que mis les uns à la suite des autres ils inscrivent
(aussi) une perspective sur le travail. Une perspective
relativement importante parce qu’ils sont
écrits et qu’ils restent donc inscrits. En ce sens, les
titres seront plus regardés que les pièces.
Choisir un titre est donc le résultat d’un processus
au même titre que les séquences qui composent une
pièce. Chevreuil sans article et au singulier participe
pour moi d’un processus d’abstraction, « chosifier »
un être vivant, ne pas pouvoir l’associer à ce que l’on
voit sur le plateau. C’est aussi et surtout par
conséquent rendre le chevreuil paradigmatique de
« cette chose » dont on ne sait précisément d’où elle
vient ni où elle va. Cette chose qui fait partie du
monde mais dont on ne connaît d’elle que le
surgissement. Voir un chevreuil dans les phares d’une
voiture est une expérience partagée par tous ou
presque et c’est une expérience du surgissement. Une
expérience du présent vécue chaque fois comme une
chance, celle d’avoir vu un morceau de nature sauvage
à peu de frais.
Finalement, le titre Chevreuil est arrivé après
avoir répété plusieurs fois d’affilée l’expérience du
chevreuil dans les phares d’une voiture dans l’État de
Washington aux États-Unis. L’État de Washington est la maison mère du grunge et de Nirvana. In Utero a été enregistré par le producteur et musicien Steve
Albini qui a aussi enregistré le duo guitare-batterie
français Chevreuil. Mon titre est donc un emprunt.
Ce n’est pas seulement une histoire un peu exotique
pour romancer tout ça. Ça prend une place
relativement importante dans certaines couches de
mon travail. « Ça » étant mon rapport à des
expériences fortes de l’adolescence : tourner en voiture
dans les forêts du côté d’Astoria, Aberdeen ou
Sarajevo a un lien avec les formes que je produis. Tu
m’avais d’ailleurs parlé d’adolescence après une
représentation d’Atteindre la fin du western.
Si je suis satisfait par ce titre c’est pour ces raisons
autant que par le pouvoir d’association qu’il me
permet. Je suis satisfait que Chevreuil me fasse associer
Faune et que de proche en proche ce titre me donne
à travailler concrètement des notions voisines tel que
la marque, la signature, l’archéologie, la ruine.
Chevreuil s’associe à Faune et donne une tangibilité
à ces notions en même temps qu’un terrain d’étude
et de réalisation.
YC Lorsque j’ai vu Atteindre la fin du western, la pièce
m’est en effet apparue comme une image poétique de
ce moment périlleux de l’existence qu’est l’adolescence. Périlleux parce qu’il correspond à une phase de transition, en l’occurrence entre l’enfance et
l’âge adulte, au cours de laquelle s’effectue la
découverte, l’épreuve sans doute, de la responsabilité.
Désormais « je » est une voix qui compte.
Ce qui me conduit à parler d’image poétique,
c’est que rien à l’intérieur de la pièce ne renvoie explicitement
à l’adolescence. Ni figure, ni récit qui ne lui
soit directement lié. Celle-ci se dessine à partir du seul
traitement des éléments constitutifs du spectacle :
scène, lumière, son, décor et performeurs.
Le traitement du plateau par exemple est
significatif. Régulièrement vide, éclairé en plein feu,
il s’offre au regard comme l’ouverture d’un espace à
investir. Vide, il appelle à se remplir et en cela marque
un seuil, un passage vers un autre état.
Les relations entre les protagonistes, tendres et
indifférentes à la fois ; leurs gestes également graves
et ludiques ; leurs déplacements plutôt en obliques
qu’en ligne droite, sont autant d’éléments qui
établissent un type de présence non déterminée, ou
qui est en cours de détermination, précisément
comme l’est l’âge adolescent.
Mais revenons-en à la relation que tu établis entre
Chevreuil et Faune. Est-elle formelle : les pieds de
chèvre ? Est-elle aussi chorégraphique : Nijinski ?
Est-ce par là que passe le chemin qui te conduit
jusqu’à la signature, l’archéologie, la ruine ?
Pourrais-tu déplier la manière dont s’effectuent ces
associations et ce que recouvre pour toi marque,
signature, archéologie et ruine ?
RH Le lien formel « des pieds de chèvre » n’est pas
celui sur lequel je m’arrête consciemment, je passe
directement au lien chorégraphique des Ballets
Russes, plus qu’à Nijinski d’ailleurs. C’est par là que
je peux dire deux ou trois choses concernant les associations,
mais cela me conduit très en amont dans
l’élaboration d’un projet.
Je prends conscience que je commence à travailler
sur un projet au moment où je me rends
compte que des centres d’intérêt, le plus souvent
nommés sous forme de notions plutôt abstraites, qui
n’ont pas de lien a priori avec le chorégraphique et
qui semblent être séparées et à distance les unes des
autres, peuvent être reliées par la création d’une
pièce. Quand je dis reliées, c’est-à-dire que la mise en
rapport de ces notions qui ne sont pas encore des
questions chorégraphiques me permet d’imaginer
qu’il y a là une possibilité de création.
Je dois revenir maintenant aux raisons, objectives
ou non, qui me stabilisent sur le choix de ces notions.
Pour la plupart, c’est simplement la satisfaction
intellectuelle directe qu’elles m’apportent. Je prends
simplement plaisir à y réfléchir. Pour les autres, le
choix s’effectue de manière plus arbitraire car je n’ai
qu’une idée floue de ce dont il s’agit. Certaines
découlent d’un travail précédent et d’autres semblent
inédites pour moi. Inédites à l’intérieur de mon
travail, mais pas forcément dans l’histoire de l’art !
Pour Chevreuil, j’ai listé en décembre 2007 les
notions suivantes : traduction, obstruction, jonction,
durée, contexte. Avec ça on ne fait pas grand-chose,
pourtant pour moi c’est très éclairant. Très éclairant
car c’est le point de départ d’un certain nombre
d’associations. Association sur un mode relativement
objectif, au sens où ce n’est pas fait sur le mode de la
« libre association ». Refaire le parcours des différentes
associations me demanderait de faire ici l’archéologie
d’un travail en cours. Je ne vais pas le faire dans le
détail. Les associations sont les articulations
nécessaires pour rendre l’enjeu du projet
communicable à ses collaborateurs. Dans le même
temps, ces articulations sont susceptibles d’apporter
des éléments très concrets et même de la matière.
Je peux tenter de mettre à jour une chaîne d’associations,
en faisant quand même de grands sauts.
En partant de « traduction » nous sommes arrivés à
nous questionner sur ce que serait « traduire la traduction
», de là nous avons réalisé que « traduire la
traduction » mettait à jour une altération et le parcours
de cette altération. Puis la notion d’Histoire à
fait surface, de là l’envie de « mettre à jour » l’Histoire.
Mettre à jour c’est autant «to update » que
révéler. De là la lecture d’Agamben, Signatura rerum
– sur la méthode me conduit vers l’archéologie qui est
la science des ruines. Archéologie et contexte font
partie de la même famille. « Archéologie » est sur le
point de remplacer « traduction » dans les recherches
que nous sommes en train de mener pour
Chevreuil.
Concrètement, Chevreuil et Faune s’associent
chorégraphiquement car le Faune et son inscription
dans l’histoire de la danse et du XXe siècle peut nous
diriger vers une archéologie concrète, au moins pour
accéder au palier de déblayage suivant. Ces prochaines
semaines, le travail physique pourrait être maintenant
de dégager les signatures, les marqueurs du
Ballet Russe, ce qui reviendrait à fouiller les ruines du
ballet russe pour ne garder que ces signatures.
Qu’est-ce qui est paradigmatique du ballet russe ?
Les mains, les sauts, l’utilisation de l’espace, etc. ? La
première fausse bonne idée qui vient serait de composer
des danses uniquement à partir de ces marqueurs.
Mais que se passe-t-il entre deux sauts si l’on
n’est pas Nijinski ?
YC Quelles sont les sources à partir desquelles vous
travaillez en ce qui concerne les Ballets Russes et
l’Histoire ?
RH La chaîne d’associations en question partait de la
notion de traduction dont la source est directement
liée au livre d’entretiens Who Sings the Nation-State ?
entre Judith Butler et Gayatri Chakravorty Spivak.
Dans ce texte, il est question de la situation des sans-papiers
des communautés hispaniques de Los Angeles
ayant manifesté pour obtenir des droits, en 2006 me
semble-t-il. Ils ont exercé le droit à manifester à
l’endroit où ils n’avaient même pas le droit d’être. Ce
qui en soi est déjà à remarquer. Lors de ces
manifestations, et pour attester de leur appartenance
à la nation américaine, ils ont chanté l’hymne
américain traduit en espagnol. C’est précisément
cette traduction qui a été cruciale, car Bush a dû
trancher sur la possibilité ou non de chanter l’hymne
américain dans une autre langue que l’anglais. La
réponse a été qu’il n’est pas possible de chanter
l’hymne américain dans une autre langue que
l’anglais. C’est cette question de la traduction que j’ai
mise en jeu en avril dernier, en proposant à Yannick
Guédon et Éric Yvelin de travailler à l’intérieur d’un
système de relais 24 heures durant à partir de l’énoncé
« traduire la traduction ».
C’est au cours de cette expérience que nous avons
découvert que pour rendre lisible cet énoncé il fallait
répondre dans un mode où l’on donne à voir un
référent, une traduction, et une traduction de cette
traduction. Ce qui nous intéressait là était le parcours
d’altération d’un point à un autre. Ce parcours m’a
conduit à envisager qu’il y avait un intérêt à chercher
autour du concept d’Histoire. En juillet dernier, j’ai
donc proposé à Aude Lachaise et Ondine Cloez de
chercher sur ce même principe de relais intensif, sur
12 heures cette fois-ci, et de mettre en travail ce que
serait « mettre à jour de l’Histoire ». De là sont sorties
des propositions autour de la notion d’académisme.
Que pouvait être pour nous une danse composée
d’académismes ? Je pensais que les académismes
étaient la partie la plus visible ou reconnaissable de
l’histoire de la danse. Mais cela a tourné un peu court
car nos propositions n’ont produit que des suites de
gestes ou mouvements dont l’interprétation était
difficile à négocier. Nous nous sommes arrêtés là car
je n’étais pas en mesure de réagir suffisamment aux
différentes propositions. À ce moment-là j’ai lu
Signatura Rerum – Sur la méthode, où il est question
de la notion de paradigme, de signature, d’archéologie.
En me retournant vers ce que nous avions fait, je me
suis dis que j’avais besoin d’une stabilité à partir de
laquelle travailler ces questions, non pas pour m’y
fixer a priori mais plutôt pour avoir quelque chose de
concret sur lequel revenir. Sans document et
seulement avec mes connaissances très confuses en
histoire de la danse, j’ai décidé (seul) que pour nous
la pièce paradigmatique de la première modernité en
danse serait Prélude à l’après-midi d’un faune. La
pièce en création s’intitulant Chevreuil, entre Faune
et Chevreuil la différence étant mince, la piste est
donc validée ! En revanche, je réalise vite que je n’ai
pas grand intérêt à m’intéresser à une seule pièce mais
davantage à une constellation, ce sera donc les Ballets
Russes. Je ne sais pas grand chose des Ballets Russes,
et je n’ai a priori pas envie de mener un travail de
recherche minutieux pour en savoir davantage. Je me
limite à ce que j’entends, ce que je peux lire dans le
Dictionnaire de la Danse de Ph. le Moal, aux
informations données par les versions française et
anglophone de Wikipedia, aux souvenirs d’un extrait
du Faune dansé par Loïc Touzé lorsque nous
répétions Love en 2003 et d’une photo d’Emmanuelle
Huynh dans une supérette lors du remontage de la
pièce par le Quatuor Knust (1). C’est à peu près tout. Ce
ne sont que mes propres référents sur le sujet et ils
grossissent à mesure que j’y pense. Les six autres
artistes impliqués dans le projet ont les leurs. La
confrontation va pouvoir nous permettre d’établir
une typologie spécifique. Cette typologie va je l’espère
nous renseigner sur comment avancer sur les questions
d’archéologie et d’Histoire notamment.
Cecchetti a enseigné dans la compagnie de Diaghilev,
il se trouve que c’est l’unique technique classique avec
laquelle j’ai été en contact, via l’enseignement de
Janet Panetta. Ces jours-ci, j’essaie de faire passer mes
mouvements à travers le filtre Cecchetti, et observer
avec quoi cela me met en contact. Est-ce qu’une
pratique très lointaine peut me permettre de trouver
un axe de réactivité physique en tant que
chorégraphe ?
En amont de tout ça, la lecture du chapitre
consacré à Foucault dans le livre de Richard
Shusterman, Conscience par corps : pour une somaesthétique,
m’avait déjà, d’une part, mis en éveil sur
les enjeux de l’archéologie (plus par association de
connaissance que par ce que l’on peut trouver dans le
livre lui-même) et d’autre part sur ces questions
physiques de « connaissance par corps » longuement
traitées par Bourdieu dans les Méditations pascaliennes.
Ce dernier livre me suit depuis Atteindre la fin du
western d’ailleurs. Cette « connaissance par corps » a à
voir avec ce que contient le corps sous la forme de
couches qui ressembleraient à des couches
géologiques, et qu’il est à même de restituer en les
traversant uniquement ou quasi uniquement par des
procédés qui impliquent des modalités physiques.
C’est aussi un poncif de la danse contemporaine pour
lequel je me découvre beaucoup d’intérêt.
Tu peux voir qu’il s’agit d’une constellation de
sources, en ce sens qu’il ne s’agit pas de travailler
« sur » des sources mais « avec » elles. Cette distinction
est importante pour moi, parce que je crains
que l’on puisse assigner le travail à une
recherche « sur ». Cette crainte correspond
à mon désir d’être « compris », non pas dans la volonté d’un « art univoque » mais parce qu’il me
paraît nécessaire de faire la différence entre l’adhésion
à une source et la réception d’un spectacle au regard
de cette même source.
YC Tu mentionnes Love que Loïc Touzé a créé en
2003 et le Faune qu’il interprète dans le cadre de la
réactivation de la pièce de Nijinsky par le Quatuor
Knust en 2000. Or l’une des premières images qui
m’a traversé l’esprit quand j’ai lu pour la première fois
ce titre, Chevreuil, c’est cette figure de bête à cornes
que tu interprétais précisément dans Love. Ma question
concerne à nouveau celle des sources, effectivement
comme couches constitutives. Que conserves-tu
du travail que tu as mené avec Loïc Touzé ? Plus généralement,
quelles sont selon toi les expériences fondatrices
de ta formation en danse ?
RH Au moment où j’ai fait le « cerf » dans Love (c’est
ainsi que nous nommions cette séquence), je faisais
aussi le chat et le chien dans This is an Epic de Jennifer
Lacey. Cette figure du cerf qui faisait partie d’une
séquence plus longue est un apport personnel.
Je retiens de mon expérience avec Loïc une très
grande précision de la danse et du mouvement. Je
conserve même une forme d’admiration pour cette
connaissance physique qui se déploie dans d’autres
champs. Il formule des questions chorégraphiques
dont les résolutions arrivent toujours par la danse. Il
y a chez lui je pense l’incarnation de cette fameuse
« connaissance par corps ». Ma formation a été très
rapide, j’ai découvert la danse en 1997 et fin 1999 je
travaillais déjà avec Mathilde Monnier. J’ai en fait
commencé de danser en suivant des ateliers avec Mic
Guillaume, qui est chorégraphe et surtout pédagogue.
Dans son enseignement les questions de l’in situ
étaient très présentes. C’est quelque chose qui l’est
encore pour moi, même si je ne fais pas à proprement
parler de pièces in situ. L’endroit où l’in situ se
localise sur la fonction occupée par le danseur au sens
où, si l’on définit la présence en deux grandes
catégories, il y aurait d’un côté le danseur / performeur
qui est le centre de l’événement, c’est à dire que toute
la compréhension passe par lui ; et d’un autre côté le
performeur qui est un des centres de l’événement, sa
fonction étant de servir de surface de rebond entre les
différents centres et donc de faciliter et permettre la
lecture pour le spectateur. C’est ce que j’ai appris avec
Mic Guillaume et que j’ai retrouvé et approfondis
avec Laurent Pichaud et Loïc Touzé en travaillant
dans leurs projets.
Autre expérience fondatrice parce que première
confrontation à une technique, ce sont les cours pris
avec Louise Burns qui enseigne la technique
Cunningham. J’ai découvert ce que pouvait être une
technique en danse, ainsi que ce qui me suit encore
et que je comprends, projette ou fantasme du travail
Cage-Cunningham. J’ai dansé des Events lorsque
j’étais en formation, c’est ma seule expérience de
répertoire. La première pièce à laquelle j’ai participé
avec Mathilde Monnier était une commande du
festival ImpulsTanz à Vienne en hommage à
Cunningham. Cunningham devient donc un ancrage
relativement fort pour toutes ces raisons.
Une autre expérience marquante de ma formation
de danseur a été les cours et les ateliers avec Thierry
Baë qui étaient un mélange très singulier de différentes
pratiques et techniques de corps allant du Qi Qong
jusqu’à des techniques de bras de la danse
expressionniste allemande encore une fois. Entre les
deux, des exercices très impressionnants assez explosifs
où l’on passait notre temps à alterner d’un état relâché
mais en alerte à un déploiement d’énergie très
concentré pour, par exemple, passer de la position
allongée sur le dos à la position allongée sur le ventre
en étant passés par une position intermédiaire sur les
pieds. Cela fait partie des applications des techniques
liées aux trois centres énergétiques tels que l’on peut
les aborder en Taï Chi par exemple.
J’ai traversé des choses similaires avec Lluis Ayet
qui comme Thierry Baë avait été danseur de Catherine
Diverrès dans les années 1980.
En fait, ma formation est marquée par la danse
des années 1980 dans la mesure où les professeurs
dont j’ai suivi l’enseignement ont traversé les grandes
expériences de cette époque en Europe principalement.
Mes premières expériences professionnelles
sont aussi liées à ces années et au début des années
1990. Du fait des chorégraphes eux-mêmes mais aussi
des équipes d’interprètes dont les débuts de carrière
se situaient dans les années 1980.
Mes expériences fondatrices en tant que spectateur
de danse sont quant à elles différentes. J’apprenais
la technique Cunningham quand au même moment
les spectacles que j’allais voir la mettaient publiquement
en question, comme Produit de circonstances de
Xavier Le Roy par exemple. Je ne me suis pourtant
jamais senti schizophrène sur ce point. Même si j’ai
commencé à danser au moment même où le mouvement
en danse était fortement remis en question, j’ai
toujours pensé que l’apprentissage du mouvement
dansé était très important pour moi, pour la simple
raison que l’immobilité est toujours en lien avec à la
possibilité de mouvement.
#2 - Mars 2009
YC J’aimerais revenir sur la figure de l’animal qui
semble occuper une certaine place dans ton travail,
qu’il s’agisse du titre même de la pièce que tu es en
train de créer, Chevreuil, ou celle du cerf que tu as
apporté dans Love de Loïc Touzé ou encore celles du
chat et du chien dans This is an Epic de Jennifer
Lacey. Dans l’histoire de la littérature, elle correspond
généralement à une approche critique de l’humanité.
Pour ta part, quelle fonction lui attribues-tu ?
À quel moment y recours-tu ? Qu’est-ce qui motive
son emploi ?
RH Les deux derniers exemples que tu donnes sont un
peu différents de l’utilisation que je peux avoir de la
« figure de l’animal » dans mes propres pièces, car il
s’agit de réponses d’interprète. Dans le cas de This Is
An Epic, je répondais à la proposition de re-enactment
d’une séquence de film (la scène d’ouverture de The
Thing de J. Carpenter) et de planches de Manga.
Dans Love, il s’agissait de m’ajouter à une situation
lors d’une improvisation qui mettait en relation le plateau
et une très grande photo de forêt suspendue au-dessus.
Chevreuil est ma deuxième pièce qui porte un titre
d’animal. La première, Domestiqué coyote, est une
pièce de commande passée par le centre d’art du
Plateau et le Parc de la Villette en 2006. La commande
était simplement de produire une pièce qui soit jouée
trois fois par jour pendant deux jours dans le parc lors
d’un événement intitulé « Pelouses Autorisées ». J’ai
accepté et me suis interrogé sur ce qu’était un parc,
sur sa fonction dans la ville, son règlement, etc.
S’agissant d’urbanisme, j’ai été tenté de faire des
catégories, comme « parc de gauche » et « parc de
droite » par exemple. De là, je me suis dit que les parcs
étaient conçus comme des espaces spécifiques servant
le pouvoir et, en négatif, révélaient bien plus que le
plaisir « d’un peu de verdure dans un espace saturé de
voitures ». Je me suis dit que les pouvoirs publics
voulaient atténuer l’expression de leurs véritables
fonctions en nourrissant la confusion entre des notions
comme la nature, le naturel et le végétal et qu’en
extrapolant un raisonnement similaire, les chiens dans
les parcs seraient alors des bêtes sauvages (ou presque).
Je me suis intéressé à Beuys et à la performance I like
America and America likes me (1974), et j’ai tenté de
renouveler une partie de son expérience en vivant
pendant quelques jours dans un chenil avec de très jeunes chiots qui par conséquent n’avaient eu que très
peu de contacts avec des humains. L’expérience a
tourné court parce qu’un chien même jeune, né
comme « socialisé », c’est déjà un être culturel. Je crois
que c’est ça qui m’intéresse avec les animaux et avec
tout ce qui relève de la nature. Cette chose qui fait
que tout est socialisé en tout point ou presque de la
planète. C’est finalement assez naïf de ma part, mais
ça continue de me faire peur de réaliser que
tout est domestiqué, partout. Gilles
Clément en parlant du paysage, dit que
toute la surface du globe est jardinée à
l’exception de quelques rares endroits qu’il
nomme le tiers-paysage, tels les sommets
inatteignables des montagnes mais aussi les
espaces entre deux immeubles. Le
renouvellement de cette prise de conscience
est un premier point.
D’un autre côté, regarder les animaux
évoluer est un poncif, voire une sagesse, de
l’apprentissage de la danse. Béjart dit qu’il a
appris à danser en regardant ses chats.
Nijinsky a probablement regardé les cabris.
L’année dernière, en réponse à
l’invitation que m’a faite Philipp Gehmacher
de participer à la série des Walk+Talk (2) à Vienne, j’ai
construit une performance dont la moitié concernait
les relations que je faisais entre mon apprentissage de
l’équitation pendant une dizaine d’années et ma
formation et ma compréhension de la danse plusieurs
années plus tard. Les deux disciplines partagent un
vocabulaire commun et ont recours à des principes
d’abstraction similaires.
Une autre motivation pourrait alors être biographique.
Il y a une troisième motivation, qui serait la plus
intéressante à mon sens parce qu’elle opère en angle
mort (elle n’est pas vraiment consciente), et qu’elle
est de fait davantage déchiffrable par les observateurs
du travail que par moi-même. Comme beaucoup d’artistes
de différentes époques et de différentes régions
du monde, je travaille cette figure. « La figure de l’animal
» ne serait donc pas simplement une expression
artistique d’une ou de différentes époques mais le
symptôme de quelque chose d’autre. Que faudrait-il
réaliser pour qu’il ne soit plus jamais question de « la
figure de l’animal » ? Il faut préciser que je commence
à lire le « Rituel du serpent » d’Aby Warburg (3), alors ces
questions ne sont pas encore bien digérées et restent
un peu exotiques.
Ce troisième aspect me permet aussi de réaliser que je
porte un intérêt que je ne soupçonnais pas à certaines
formes de l’art qui impliquent des notions de rituel.
Je me souviens combien j’avais été touché par les
oeuvres d’Ana Mendieta dans une rétrospective que
lui avait consacrée le Whitney Museum en 2004. Cela
me renvoie également à la relation que Loïc Touzé
établissait dans un précédent entretien pour le Journal
des Laboratoires (4) entre l’absence de hiérarchie dans
mon travail entre les choses, animées ou non, et animisme.
Mais quand tu te réfères à la littérature, est-ce à
La Fontaine, à des fables médiévales qui font les récits
de héros terrassant des monstres, à Moby Dick, à l’âne
de Buridan que tu penses ? Je n’ai rien lu de tout ça.
YC Les exemples en littérature qui me viennent à
l’esprit sont essentiellement l’oeuvre d’Homère et les
fables de La Fontaine. Dans l’Illiade et l’Odyssée,
l’anima l apparaît principalement lors de
métamorphoses. Les récits mélangent les dieux, les
hommes et les animaux, et ces images nous montrent
que l’humain côtoie de très près l’animal qui est en
lui, au point qu’il peut changer d’espèce ou accueillir
une variation dans sa figure. S’il s’agit de changer,
c’est la figure de l’animal qui est choisie, comme si,
au-dehors de l’homme, dans son environnement, la
seule figurabilité ou la plus souvent évoquée était
celle de l’animalité. À cette époque, l’animalité et ses
« figures » étaient à considérer comme une enveloppe
continue dans laquelle l’homme est pris, nourri,
bercé. Ces métamorphoses sont des explications
poétiques, symboliques et religieuses du monde. Elles
sont une justification des présences familières qui
entourent l’homme. À travers elles, c’est l’expression
d’un rapport profond de l’homme avec la nature qui
apparaît, trace de la pensée animiste précisément.
L’usage de l’animal dans la fable est différent au
premier abord. Elle a pour but de raconter des
histoires singulières qui sont généralisables. Pour ce
faire, elle doit utiliser des personnages quelconques,
qui paraissent individuels mais qui sont remplaçables.
Les animaux offrent cette possibilité, derrière l’espèce
qui vaut pour générique, se cache un individu
particulier. L’anthropomorphisme des Fables de Jean
de La Fontaine est une donnée fixe, contrairement
aux métamorphoses passagères de la mythologie
grecque. L’animal est comme un déguisement, il sert
à duper les censures politiques et sociales car « le
poète n’est pour ainsi dire pas responsable du langage
des bêtes ». Néanmoins, se servir d’animaux n’est pas
un choix neutre, au-delà des intentions critiques, il
suppose une sorte de philosophie implicite qui n’est
pas nécessairement naïve. Elle exprime l’idée que
l’homme est un animal parmi d’autres, privilégié par
son intelligence, mais qui doit attention et respect
aux autres espèces. Dans les deux cas, la figure de
l’animal renvoie à l’attitude de l’homme envers
l’environnement.
Dans sa conférence sur le rituel du serpent,
Warburg montre précisément comment la volonté de
maîtrise de la nature se forme différemment chez les
Indiens et chez l’homme moderne. Les premiers cherchent
à se l’approprier par mimétisme — c’est l’objectif
des danses animalières, tandis que le second la
met à distance à l’aide d’instruments, de technologies.
Quand on s’arrête ainsi sur la figure de l’animal, que
l’on observe qu’elle est récurrente dans ta pratique de
danseur et de chorégraphe, il n’est pas surprenant que
la notion de contexte fasse aussi partie des éléments
de ta recherche. J’aimerais savoir comment tu l’as
mise en oeuvre dans les différentes sessions de travail
que vous avez eues jusque-là pour Chevreuil. Et
comme je suis plus particulièrement concernée par le
contexte des Laboratoires d’Aubervilliers, j’aimerais
savoir ce que vous considérez, repérez, gardez de ce
contexte-ci ?
RH Cette notion de contexte à été mise en
oeuvre de différentes manières que je pourrais
désigner par deux modes relativement
distincts bien que très liés car découlant l’un
de l’autre. Il y a d’abord des modes d’expérimentation
qui ne sont pas destinés à être
montrés. En commençant à travailler sur
cette pièce, je souhaitais renouveler une
expérience que j’avais faite quelques mois
plus tôt et qui consistait à travailler ou en
tout cas être en état de travail pendant 24
heures. Ce qui m’intéressait c’était de maintenir
un état de travail — comme faire des
quarts sur un bateau ou veiller à ce qu’un
feu ne s’éteigne pas (ce n’est pas une métaphore
évidemment) — une recherche sur
une seule question à un endroit géographiquement
circonscrit. J’étais curieux de
savoir comment le travail allait être affecté,
ce que nous saurions de plus si nous vivions
en partie éveillés pendant 24 heures aux
Laboratoires d’Aubervilliers.
Lors de la première session de travail
en avril 2008 où j’avais convié Éric Yvelin
(musique) et Yannick Guédon (danseur),
nous avons donc fait l’expérience avec les
paramètres suivants : un tirage au sort fixe
celui qui travaille, à quel endroit et pour
quelle durée. Sur les papiers, nos trois noms
isolés, plus toutes les combinaisons possibles de durée (comprises entre 7 et 120 minutes) et de lieu
(le studio, les Laboratoires d’Aubervilliers — intérieur
et extérieur jusqu’au portail donnant sur la rue —, et
le carrefour des Quatre Chemins). L’énoncé sur lequel
nous nous concentrions était « traduire la
traduction ».
Bien que cette expérience soit riche à plus d’un
titre, ce qui concerne notre connaissance du contexte
reste limitée ou anecdotique. Lors de la session de
travail qui a suivi, nous avons avec Ondine Cloez et
Aude Lachaise (danseuses) dressé des listes et des
arborescences qui mettaient en question la notion du
contexte des Laboratoires sans pour autant trouver de
forme chorégraphique à y associer. Quelques semaines
plus tard, seul cette fois, je me suis plié à l’exigence
de lire trois quotidiens par jour (Le Parisien (édition
du 93), Le Monde ou Libération, The Guardian) tout
en poursuivant mes recherches sur d’autres aspects de
Chevreuil. J’ai commencé à collecter des images, à les
mettre en relation, fait des comparaisons, des
traitements des photos d’agence que l’on retrouve
dans les trois éditions, comparé les bulletins météo,
observé le parcours des articles entre la périphérie, la
une, puis l’oubli, etc. Ce qui m’intéresse dans cette
expérience c’est le sentiment d’être inclus dans une
globalité, même si cette presse reste un moyen
relativement superficiel d’y parvenir avec la condition
supplémentaire de bien vouloir se prêter au jeu du
« sentiment d’inclusion ». C’est à ce moment-là que
j’ai pris conscience que mon interrogation sur le
contexte n’avait rien à voir avec « faire le portrait d’un
lieu », c’est-à-dire que cette pièce ne prendrait pas
comme « décor » Les Laboratoires ou tout autre lieu
où l’on irait travailler (répéter ou présenter). La
collecte d’images m’a permis de découvrir que je
voulais travailler par analogie, traiter le contexte
spécifique par la comparaison avec d’autres choses et
donc m’intéresser plus précisément à l’espace qui
sépare le contenu du contenant (les valeurs subjectives
associées au contenant étant mises à jour par les
composantes objectives du visible — le bâti
notamment).
En octobre, j’ai décidé de sortir à nouveau des
Laboratoires. J’ai proposé à Audrey Gaisan (danseuse)
et Yannick Fouassier (éclairagiste) le protocole suivant :
après avoir parlé le plus exhaustivement possible de ce
que je savais de Chevreuil, nous devions quitter le lieu
de travail et partir pour une durée déterminée pour
ramener une chose (matérielle ou non) et une seule
que nous considérerions comme n’ayant absolument
rien à voir avec le travail en cours.
En novembre dernier, nous avons commencé les
répétitions tous ensemble (une équipe de 7 personnes)
et les notions de contexte ont été développées
scéniquement de trois manières. Un processus qui
met en jeu deux espaces : celui dans lequel les spectateurs
sont conviés et un espace contigu (la salle d’à
côté). Les danseurs présents sur le plateau principal
(celui qui est à vue) traitent les informations (essentiellement
sonores) qui leur parviennent. Ce traitement
leur permet de construire une organisation relative
(organisation synonyme ici de chorégraphie). Ce
qui est important c’est la notion de relativité : une
organisation qui doit prendre en charge le caractère
changeant et mobile de ses propres paramètres.
Une deuxième option en cours de résolution est
un processus de documentation iconographique d’une
situation. La situation en question étant une discussion
très concrète (qui s’envisage avec des outils
chorégraphiques, c’est-à-dire qu’il faut désamorcer et
tirer profit du fait que nous ne soyons pas des
spécialistes de la parole sur scène). Après chacune de
ces discussions, j’extrais de mémoire les thématiques
abordées et je trouve sur internet des images s’y
associant. Ces images sont une interprétation, en ce
sens où, s’il a été question d’une voiture dans la
discussion et que l’image sur laquelle je tombe (et que
je choisis bien souvent en fonction de sa définition en
pixels) est la photo d’une voiture accidentée, d’une
voiture américaine ou est-allemande, cela ne charrie
pas les mêmes « blocs de sens ». De cette manière, je
constitue une collection d’images (essentiellement des
photos) en noir et blanc. Ce fonds est utilisé par l’un
d’entre nous afin de documenter par analogie les
discussions que nous avons et que nous aurons en
public. Cette collection est de fait quotidiennement
augmentée d’une dizaine d’images.
D’autres processus travaillent sur les différences
et les choix entre montrer et présenter ; ces processus
questionnent eux le contexte artistique de publication
de l’oeuvre (comme vous dites justement aux
Laboratoires). Opérer des choix entre montrer et présenter
c’est décider d’une adresse aux spectateurs,
c’est une façon de renouveler un questionnement
amorcé avec Atteindre la fin du western en ce qui
concerne le statut de témoin, ou celui de spectateur
dans un sens plus partagé.
(1) Au sujet du remontage
de la pièce par le quatuor
Knust, voir n° spécial
danse de la revue Art
Press, 2002.
(2) La série des
Walk+Talk conçue par
Philipp Gehmacher,
chorégraphe autrichien à
l’invitation du Tanzquartier
à Vienne, proposait à 9
autres chorégraphes de
montrer et discuter dans
le même temps, sur scène,
leur langage
chorégraphique. Du 14 au
21 mars 2008 deux
performances ont ainsi été
présentées chaque soir au
public : Oleg Soulimenko
(RUS/A) / Meg Stuart
(USA/B/D) ; Philipp
Gehmacher (A) / Antonia
Baehr (D) ; Rémy Héritier
(F) / Sioned Huws (UK) ;
Boris Charmatz (F) /
Jeremy Wade (USA/D) et
Milli Bitterli (A) / Anne
Juren (F/A).
(3) Né en 1866 à
Hambourg, Aby Warburg
s’est consacré à l’étude
de l’histoire de l’art, en
particulier celle de la
peinture de la
Renaissance florentine. En
1895, il voyage aux
États-Unis, se documente
sur les cultures
amérindiennes, et visite
plusieurs villages pueblos
du Nouveau-Mexique et
d’Arizona. À Oraibi,
notamment, il assiste à
une danse masquée de
katcina, figures
ancestrales des Indiens
Hopis. Il n’en parlera pas
avant 1923, date à
laquelle il prononce une
conférence à la clinique
du Dr Binswanger où il est
soigné intitulée Le rituel
du serpent. Dans son
texte, il rapproche le
serpent — objet de rituel
chez les Hopis — du motif
graphique de l’éclair
(symbole de la pluie), et
en poursuit la trace en
Grèce ancienne et en
Occident chrétien. Cette
icône, explique-t-il, est
porteuse d’une inquiétude
universelle qui résiste à la
raison. Sur Warburg, voir
notamment Philippe-Alain
Michaud, Aby Warburg et
l’image en mouvement,
Macula, 1998 et 2002.
(4) Entretien paru dans Le
Journal des Laboratoires
n°5, janvier-juin 2006.